Le pape Léon XIV est venu chez nous. Il a été présent à tous et à chacun. Il a enseigné, encouragé, fermement et paisiblement. Il a béni, consolé, prié, souri, essuyé quelques larmes. Et chacun s’est senti aimé, attendu, parce qu’il a été rejoint.
Oui, le pape a pulvérisé dans les cœurs les projections maléfiques : un père serait forcément absent, indifférent, méprisant, cassant, voire violent. Le pape Léon XIV a réveillé une immense soif de paternité. Alors oui, le pape a fait son job, et il l’a fait admirablement. Et Dieu, dans l’unicité de sa paternité divine : « vous n’avez qu’un seul Père » (Mt 23, 9), a accordé une trêve.
Notre époque et notre pays – celui de la Révolution française – ont une histoire douloureuse avec la paternité. Et si la veillée des jeunes a touché par la fresque de l’histoire des saints de France, si la messe à Paris fut dite sur le lieu de l’échafaud, si le pape a visité Saint-Joseph des Carmes, lieu de martyre, tout cela n’est pas non plus étranger à la paternité, qui donne un nom, une histoire, une filiation.
Dans la vie naturelle, c’est la mère qui désigne le père. Reconnaissons – et c’est étonnant – que, dans la vie spirituelle, le mouvement est inverse. C’est Jésus qui nous donne Marie pour mère. Ce sont souvent les hommes qui nous font aimer la maternité de Marie, celle de l’Église. De saint Bernard à saint Louis-Marie Grignion de Montfort, en passant par ceux dont on oublie les noms, le curé de Lourdes, celui de Pontmain, le confesseur de sainte Catherine Labouré, la France est encore une enfant gâtée, avec tant d’hommes qui ont exercé leur paternité en faisant aimer la Vierge Marie.
C’est aussi auprès de Notre-Dame que le Saint-Père a eu les mots les plus courageux. Je ne peux pas ne pas dire un mot de cette intention de prière toute simple, si simple, mais combien nécessaire par tout ce qui en découle : que les familles chrétiennes soient généreusement ouvertes à la vie. Notons qu’il n’y a là aucune injonction à avoir des enfants, seulement à rendre à Dieu ce qui lui revient : la paternité et la maternité humaines découlent de la paternité divine. La paternité responsable ne peut qu’être ouverte à la vie.
Alors oui, le pape Léon XIV n’a pas fui la paternité, il l’a habitée. Il a démontré, comme un homme, que cela fonctionne. Souhaitons de tout notre cœur aux hommes de notre pays, évêques, prêtres, pères de famille et célibataires, de vivre selon leur état chastement leur paternité et, comme le pape, d’en être heureux.
Voici une anecdote personnelle confiée par un prêtre pour illustrer l’importance du sujet de mon dernier ouvrage Prier avec le cycle féminin : « Un jour, j’explique à ma petite sœur : « Ça me fatigue, tous ces gens qui n’arrivent pas à tenir leurs résolutions de prière. Ce n’est quand même pas bien difficile ! » Elle me répond du tac au tac : « Oh ça c’est parce que tu es un peu suprématie masculine. »Je sursaute. En effet, je me considère plutôt comme pas du tout machiste ; quand à elle, elle n’est clairement pas rousseauiste (comprenez Sandrine Rousseau). Donc ça m’intéresse.
« Que veux-tu dire par là ? » »C’est simple. Tu considères que la régularité, la stabilité sont meilleures que la fantaisie, la variation, le changement. C’est très masculin. Il n’y a pas de raison de voir les premières supérieures aux secondes. »J’étais abasourdi. Je n’y avais évidemment jamais pensé. Merci p’tite sœur ! »










